Les journées de Saintes, 23 et 24 octobre 2026 : l’UPNE y était, et la conférence de Pierre Verdier

Affiche des journées de Saintes : Enfance, aide sociale à l'enfance… Et si on en parlait vraiment ? Comment réellement protéger nos enfants. Vendredi 23 octobre 2026, en direct à 14 h, Saintes.
Journées de Saintes 2026

Vie de l'association · Octobre 2026

Deux jours pour parler vraiment de l'enfance et de l'aide sociale à l'enfance. Unis Pour Nos Enfants y a tenu un stand, réuni ses adhérents, porté la parole des familles devant les élus et entendu son vice-président, Maître Pierre Verdier, sur une question qui nous concerne tous : comment reconnaître un placement abusif ? Lui a répondu l'ancien juge des enfants Jean-Pierre Rosenczveig, pour un vrai débat contradictoire.

Affiche des journées de Saintes : Enfance, aide sociale à l'enfance… Et si on en parlait vraiment ? Comment réellement protéger nos enfants. Vendredi 23 octobre 2026, en direct à 14 h, Saintes.
L'affiche des journées « Enfance, aide sociale à l'enfance… Et si on en parlait vraiment ? », à Saintes.

Se retrouver en vrai

Les journées de Saintes ont rassemblé des adhérents de l'UPNE venus de plus de huit départements. Pour beaucoup, c'était la première fois qu'ils se voyaient ailleurs que derrière un écran. Nous avons retrouvé et rencontré des amis et des camarades engagés dans la cause des enfants et des familles d'enfants placés. Se voir en vrai, c'est aussi créer des liens plus solides et plus durables, et c'est ce qui fait la force d'une association comme la nôtre.

Notre stand d'information nous a permis de sensibiliser le public venu assister aux conférences. Nous y avons écouté des histoires qui, comme les témoignages de familles que nous recueillons, disent mieux que des chiffres l'état de la protection de l'enfance : des mères privées de leurs enfants alors qu'elles étaient elles-mêmes victimes de violences conjugales, une ancienne travailleuse sociale devenue grand-mère d'enfants placés, à son plus grand effroi, ou encore une famille d'accueil signalée pour avoir été « trop aimante » avec les enfants qu'elle accueillait.

Porter la parole des familles auprès des élus

Les journées ont aussi été l'occasion de rencontrer des responsables politiques et des élus ruraux. Lors de la table ronde « Politique » et des échanges qui ont suivi, nous avons exposé les griefs des familles, les manquements au droit que nous constatons chaque semaine et les dérives idéologiques de la protection de l'enfance. Nous avons aussi présenté nos solutions « clés en main » et nos projets, comme notre nouveau parcours juridique pour accompagner les familles.

Ces échanges nous ont confirmé une chose : les responsables politiques sont souvent loin de la vie des gens et connaissent mal les dossiers sur lesquels on les interroge. Notre association a la chance d'être en relation directe et concrète avec les familles. C'est une grande richesse, et nous devons partager cette connaissance avec les élus. Notre rôle est essentiel, et nous allons le développer.

La conférence de Pierre Verdier : « On ne peut pas aider et contrôler en même temps »

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Pierre Verdier, avocat, présente les critères du placement abusif lors de sa conférence à Saintes. Cliquez pour voir la vidéo.
Maître Pierre Verdier, avocat au barreau de Paris et vice-président de l'UPNE, lors de sa conférence.

Le vendredi soir, Pierre Verdier a pris la parole en tant qu'avocat et vice-président d'Unis Pour Nos Enfants. Il est parti de deux constats : il y a trop de placements d'enfants injustifiés, et les conditions d'accueil des enfants placés sont déficientes, au point que certains enfants sont plus en danger dans les institutions que dans la famille dont on a voulu les protéger. Une question que nous posions déjà : on place pour protéger, mais qui protège les enfants du placement ?

Il a ouvert son propos par un hommage à Céline Malleterre, infirmière de 48 ans, mère d'un garçon confié à l'aide sociale à l'enfance, qui s'est donné la mort le 15 octobre dernier, selon les informations de presse, après des années de combat pour son fils. Pierre Verdier y voit une « tragique preuve » de la distance entre ce que demandent la loi et les conventions internationales et ce qui se passe réellement. Nous lui avons consacré un article : Céline Malleterre est morte : un hommage, des alertes et une exigence de vérité.

Les chiffres qu'il a rappelés

  • Selon Pierre Verdier, la France est le pays d'Europe qui place le plus ses enfants : rapporté au nombre d'enfants, deux fois plus que l'Allemagne et quatre fois plus que l'Italie.
  • En moyenne, environ 25 enfants sur 1 000 sont placés, mais l'écart est considérable d'un département à l'autre : de 13 pour 1 000 dans les Yvelines à 48 pour 1 000 dans la Nièvre. Retrouvez la situation de votre département sur notre carte de France des placements.
  • Les juges suivent, selon lui, les préconisations des services sociaux dans 90 % des cas.
  • L'espérance de vie des enfants pris en charge par l'aide sociale à l'enfance serait inférieure de 20 ans à celle des autres enfants.

Ces chiffres sont ceux présentés par Pierre Verdier lors de sa conférence ; il a lui-même précisé que son tableau était « significatif » plutôt qu'exact au détail près.

Il a pris soin de préciser son propos :

« Dénoncer les dysfonctionnements ne signifie pas que tout dysfonctionne. Il y a heureusement des foyers qui font bien leur travail, il y a des familles d'accueil chaleureuses. Mais ce que nous voulons en matière de protection de l'enfance, c'est le zéro défaut. Si on vous disait, quand vous prenez l'avion : ne vous inquiétez pas, 80 % arrivent, il n'y a que 20 % qui s'écrasent, vous ne prendriez plus l'avion. » Pierre Verdier, Saintes, 23 octobre 2026

Une longue histoire de séparation

Aux origines des placements abusifs, Pierre Verdier a retracé plusieurs siècles d'intervention de l'État dans la vie des familles « au nom de la protection des enfants » : l'Hôpital général et sa « pédagogie de la séparation », la loi de 1889 sur la déchéance de la puissance paternelle, appliquée jusqu'en 1970 (« parmi mes premiers clients, j'ai eu des parents à qui on appliquait encore cette loi »), ou le transfert d'enfants réunionnais vers des départements ruraux de métropole dans les années 1960 et 1970. Il rappelle aussi la mise en garde de l'historien Ivan Jablonka : longtemps, la famille d'origine a été vue comme un obstacle sur la route de l'Assistance publique.

Pour lui, l'ambiguïté est inscrite dès l'origine : le même service doit à la fois aider et contrôler. « On passe de la protection de l'enfant au contrôle des familles. » Il s'inquiète aussi d'une notion devenue très large : le code de l'action sociale et des familles parle désormais d'enfants « en danger ou qui risquent de l'être ». « On passe du danger au risque de danger. On ne peut pas être plus vague. »

Des droits écrits, mais pas appliqués

La loi du 6 juin 1984 a reconnu aux familles des droits face aux services de l'aide sociale à l'enfance : être informées, se faire accompagner par la personne de leur choix, être associées aux décisions, voir le mineur consulté. Quarante ans plus tard, Pierre Verdier constate qu'il faut encore se battre pour les obtenir, ce que nous vivons avec les familles dans le cadre de notre soutien juridique :

« Faire la liste des droits, c'est faire la liste de ce qui n'est pas appliqué. On arrive à les faire appliquer, mais il faut se battre à chaque fois, quarante ans après. »

Il a également évoqué la loi du 13 juillet 2026 : le droit de l'enfant à un avocat existait déjà, ce qui change, c'est qu'il deviendra obligatoire à partir de 2027.

Les huit critères d'un placement abusif

Le cœur de son intervention, « la vignette la plus importante », selon ses mots, est une grille pour reconnaître un placement abusif. Pierre Verdier préfère ce terme à celui de placement « évitable », la notion retenue par le gouvernement : « Évitable, ça signifie qu'on peut éviter, alors qu'abusif signifie qu'on doit proscrire. » Selon lui, un placement est abusif dès qu'une de ces conditions est remplie :

  1. Le contradictoire n'a pas été respecté. Les attestations du médecin traitant ou des voisins pèsent peu, alors que l'expert désigné ou les services sociaux ont tout pouvoir, y compris quand leurs écrits sont contestables (lire Les rapports mensongers). Et le placement repose parfois sur une théorie à la mode : « amour fusionnel », conflit parental, ou « la famille n'a pas compris les motifs du placement ».
  2. Une solution moins violente était possible, comme l'accueil par un membre de la famille ou un tiers digne de confiance.
  3. Il n'y a pas de projet concret. « Les parents me demandent souvent : qu'est-ce que je dois faire pour récupérer mon enfant ? C'est comme conduire avec un GPS sans y mettre la destination. »
  4. Il est réalisé de façon inutilement violente : intervention de la police au domicile, enfant récupéré à l'école, retrait à la maternité sans que la mère soit prévenue.
  5. Il ne maintient pas le lien avec la famille : parents disqualifiés devant l'enfant, placement à des centaines de kilomètres, abus des visites « médiatisées ».
  6. Il se prolonge excessivement. « Le retrait peut être très rapide, le retour se fait très progressivement. »
  7. Il expose l'enfant à plus de dangers que dans sa famille : violences morales, physiques ou sexuelles. Les morts de Louis et d'Abdouramane l'ont tragiquement rappelé. « L'État exige des familles qu'elles démontrent qu'elles sont capables de protéger leurs enfants, mais les institutions ne sont pas soumises au même niveau de transparence, de contrôle et de responsabilité. »
  8. La parole de l'enfant n'est pas entendue.
« Beaucoup des enfants que j'accompagne demandent à rentrer chez eux. Quand un enfant demande à être placé, on l'entend. Quand il demande à revenir, on ne l'entend plus. »

Sa conclusion est volontairement provocatrice : si l'on accepte ces critères, « au moins 50 % des placements sont abusifs et devraient être évités ». Les moyens ainsi libérés pourraient être consacrés aux situations où l'intervention sociale et judiciaire est réellement justifiée, « car il y en a ».

« Ayons le courage d'être utopiste »

Pierre Verdier a enfin défendu une idée forte : rendre aux services éducatifs la confiance des familles, sur le modèle du secret professionnel du médecin ou de l'avocat. Plutôt qu'une obligation de signaler, il propose une interdiction de signaler, sauf danger physique ou maltraitance avérés. « Vous pouvez dire à votre médecin vos erreurs et vos douleurs, il ne va pas vous dénoncer. Si les services sociaux avaient la même règle, les familles auraient confiance, et ils retrouveraient une réelle efficacité. »

Le regard du juge : Jean-Pierre Rosenczveig

Après l'avocat, le juge. Jean-Pierre Rosenczveig, ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny, a pris la parole juste après Pierre Verdier. Il revendique une « vision à 180 degrés » sur quarante ans : il a appliqué la loi, l'a critiquée, a contribué à l'écrire et préside aujourd'hui une association de 500 travailleurs sociaux. Il accepte la critique de l'institution, « mais pas n'importe comment, pas sans nuance ».

Des points d'accord

Sur plusieurs constats, le juge rejoint l'avocat. Les enfants accueillis hors de chez eux sont désormais plus nombreux que les enfants accompagnés à domicile, alors que la proportion était inverse il y a peu. Le nombre de situations connues de l'aide sociale à l'enfance a augmenté de 45 % depuis 2000, sans que les moyens suivent. Il rappelle aussi que la loi du 6 juin 1984, à laquelle il a participé, limite à deux ans une mesure sans nouveau débat devant le juge, et que l'enfant doit rester autant que possible dans son milieu, ou à défaut chez un proche : « pas la double peine ».

« On fait de belles lois, mais on ne donne pas les moyens d'application de la loi. » Jean-Pierre Rosenczveig, Saintes, 23 octobre 2026

Il cite des chiffres qui parlent : des milliers de décisions de juges des enfants qui ne sont jamais exécutées, faute de place ou de moyens, et des cabinets de juges qui suivent entre 800 et 1 200 affaires. L'avocat obligatoire pour l'enfant, à partir de 2027, est selon lui une bonne chose (« 1995 pour les mineurs délinquants, 2026 pour les enfants en danger »), à condition de recruter magistrats et greffiers pour l'appliquer.

Des nuances

Jean-Pierre Rosenczveig refuse de réduire l'aide sociale à l'enfance au seul placement, et la justice à « une machine implacable ». Il défend le contrôle du juge, garanti par la Constitution, contre une protection de l'enfance confiée à la seule administration, comme en Angleterre avant le Children Act. Pour lui, la meilleure protection contre l'arbitraire est le débat : « Il n'y a pas de liberté sans dialectique », entre services sociaux et justice, entre juge et avocat, entre tribunal et cour d'appel.

Il plaide enfin pour changer les mots : parler d'accueil plutôt que de placement, et de responsabilité parentale plutôt que d'autorité parentale.

« Je veux être accueilli, je ne veux pas être placé. Je ne suis pas un objet, je suis une personne. »

Sa conclusion rejoint celle de toute la soirée : « Il n'y a pas de plan, pas de programme, pas de pilote dans l'avion et pas de contrôle. En d'autres termes, il n'y a pas de politique de l'enfance en France. »

Les deux interventions sont à retrouver en intégralité dans notre vidéo.

Les citations sont tirées de l'enregistrement de la conférence et légèrement corrigées pour la lecture.

Et maintenant ?

Saintes n'est pas une fin. Nous continuerons à porter vos témoignages auprès des élus, des médias et des institutions, comme nous le faisons avec les associations signataires de l'appel commun sur l'article 30 de la loi intégrale. Retrouvez toutes nos actualités sur le blog de l'UPNE.

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