Francine et son fils : derrière les placements, des familles — Témoignage 2/3

Derrière les placements, des familles · Témoignage 2/3

Ce deuxième témoignage de la série « Derrière les placements, des familles » donne la parole à Francine. Elle raconte les violences subies à son arrivée en France, le placement de son fils à l’âge de 3 ans et les années de séparation qui ont suivi.

Francine et son fils : les années de séparation

Je m’appelle Francine, j’ai 50 ans. Je me souviens que, lorsque je vivais en Afrique, je rêvais de la France comme d’un pays où il ferait bon vivre. J’ai eu ce que je considérais, à l’époque, comme une chance : la possibilité, dans le cadre d’un regroupement familial, de rejoindre mon conjoint. Je suis donc arrivée en France avec mon fils, âgé de 3 ans et né d’une précédente relation.

Hélas, lorsque je suis arrivée en France, je ne parlais pas français et l’accueil familial qui m’a été réservé n’était pas celui que j’avais imaginé. J’ai été victime de violences conjugales et mon fils recevait également des coups.

Très rapidement, j’ai dû emmener mon fils à l’hôpital pour une consultation en urgence. Et parce que l’on a considéré que je n’avais pas été capable de le protéger, il a été placé. Il était petit, il ne parlait qu’anglais et il s’est retrouvé seul avec des étrangers.

Il m’a été demandé de me séparer du conjoint violent, ce que j’ai tout naturellement fait dès que possible, après avoir trouvé une solution de logement.

« Je pensais naïvement qu’on allait me rendre mon fils. »

Mais on lui a fait passer des tests psychologiques et cognitifs conduisant à une évaluation de troubles du spectre de l’autisme (TSA). Je me suis opposée au diagnostic issu de ces tests, car ils étaient administrés en français alors que mon fils ne parlait qu’anglais. Mon opposition aux conclusions de ces tests a, selon moi, servi de prétexte à prolonger le placement.

Une expertise psychiatrique à mon encontre a été demandée par le juge des enfants. Aucun trouble psychiatrique n’ayant été révélé, la même demande a été réitérée plusieurs fois.

Puis il a été déclaré que mon fils avait peur de moi lors des rencontres. Moi, je connaissais bien ce sentiment confus : la joie de le voir se superposait à la frustration et à la peine de le retrouver en présence de personnes jugeant nos attitudes et nos comportements. Pour moi, ces rencontres contrôlées, qui ne laissent pas la possibilité aux émotions d’être partagées, provoquent du stress chez l’enfant.

À une époque, il m’a été accordé un hébergement en journée, en présence d’un tiers. Une technicienne de l’intervention sociale et familiale (TISF) reprenait et corrigeait mes gestes et mes paroles. Un jour, j’ai montré mon agacement au sujet de son comportement. La visite a été interrompue et j’ai été accusée de l’avoir séquestrée. Je conteste cette accusation. À la suite de cet incident, les hébergements ont été interrompus.

Des médecins ont prescrit à mon fils des médicaments de manière continue pendant plusieurs années. J’ai observé des gestes involontaires, des tremblements et de la salivation, que j’associais à ces traitements. Je m’interrogeais sur les raisons de ces prescriptions et sur leurs effets.

Je m’interrogeais aussi sur l’interdiction de tout lien direct et spontané entre mon fils et moi. Les rares liens qui persistaient — les appels téléphoniques et les visites médiatisées — étaient si surveillés que je craignais qu’il ne puisse pas se confier librement sur ce qu’il vivait.

Mon fils a aujourd’hui 15 ans. La famille d’accueil a obtenu un statut de tiers digne de confiance. Je conserve l’autorité parentale, alors que je me sens exclue de toute décision concernant sa santé, sa scolarité ou ses loisirs.

« J’ignore tout de mon fils. »

Il a grandi. J’ai eu une vie difficile, rythmée par cette bataille pour le voir, un jour, revenir chez moi. Je n’ai pas eu d’autres relations de couple, je n’ai pas eu d’autres enfants.

« Les services sociaux m’ont volé ma vie alors que je n’ai jamais maltraité mon enfant. »

Ce texte restitue le vécu et le point de vue de Francine. Les décisions, évaluations et traitements évoqués sont rapportés selon son témoignage ; leur bien-fondé ne peut être établi à partir de ce seul récit.

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