La prévention des « placements évitables » entre officiellement dans le débat
PrĂ©vention des placements Ă©vitables – c’est Ă dire abusifs selon UPNE – , nĂ©cessitĂ©, proportionnalitĂ©, individualisation et contrĂŽle des structures : le nouveau rapport sur la refondation de la protection de lâenfance ouvre plusieurs questions essentielles pour UPNE.
Le ComitĂ© scientifique permanent pour la refondation de la politique de protection de lâenfance vient de rendre ses propositions pour la stratĂ©gie nationale 2026-2030.
Pour UPNE â Unis Pour Nos Enfants, ce document mĂ©rite une attention toute particuliĂšre.
Non parce quâil dĂ©montrerait lâexistence dâun nombre dĂ©terminĂ© de « placements abusifs » â ce nâest pas ce que dit le rapport â mais parce quâil introduit explicitement dans la rĂ©flexion nationale une notion essentielle :
La prévention des « placements évitables »
Parmi les axes de travail consacrĂ©s Ă la prĂ©vention et au soutien Ă la parentalitĂ© figure noir sur blanc la « prĂ©vention des placements Ă©vitables », associĂ©e notamment au renforcement de lâAEMO et au dĂ©veloppement de solutions de rĂ©pit et de soutien parental.
Pour UPNE, ces deux mots sont importants.
Ils signifient quâentre ne rien faire et sĂ©parer un enfant de sa famille, il doit exister toute une gamme de rĂ©ponses permettant de protĂ©ger lâenfant tout en Ă©vitant une rupture lorsquâelle nâest pas indispensable.
Aider avant de séparer
Le rapport insiste ainsi sur la prévention précoce et sur un accompagnement continu des familles.
Lâobjectif est de ne plus attendre quâune situation se dĂ©grade au point que le placement apparaisse comme la seule solution.
Cette conception rejoint une conviction défendue par UPNE :
Une difficultĂ© familiale nâest pas nĂ©cessairement un danger justifiant une sĂ©paration.
Une fragilitĂ© Ă©ducative, sociale, Ă©conomique, mĂ©dicale ou liĂ©e au handicap doit dâabord ĂȘtre comprise et accompagnĂ©e lorsque la sĂ©curitĂ© de lâenfant le permet.
Quatre principes fondamentaux : subsidiarité, nécessité, proportionnalité, individualisation
Câest probablement lâune des propositions les plus importantes du rapport.
Le Comité scientifique propose que les décisions de protection judiciaire soient fondées sur quatre principes :
Subsidiarité : la réponse la plus lourde ne doit pas devenir automatique.
NĂ©cessitĂ© : la mesure doit ĂȘtre rĂ©ellement indispensable pour protĂ©ger lâenfant.
ProportionnalitĂ© : lâatteinte portĂ©e Ă la vie familiale doit ĂȘtre proportionnĂ©e Ă la nature et Ă lâintensitĂ© du danger.
Individualisation : chaque dĂ©cision doit tenir compte de lâĂąge, des besoins, de la situation familiale et des liens dâattachement de lâenfant.
Pour UPNE, ces principes permettent de poser correctement la question des placements abusifs ou non indispensables.
La bonne question nâest pas :
« Faut-il ĂȘtre pour ou contre le placement ? »
Elle est :
« Cette séparation était-elle réellement nécessaire pour protéger cet enfant précis face à ce danger précis ? »
Sortir du choix binaire : AEMO ou placement
Le rapport pointe également une difficulté trÚs concrÚte.
Le systĂšme oppose encore trop souvent deux options : lâaccompagnement Ă©ducatif en milieu ouvert ou le placement.
Le ComitĂ© propose donc dâĂ©largir la palette des mesures dont dispose le juge, afin de pouvoir les combiner et les adapter dans leur durĂ©e et leur intensitĂ©.
Lâobjectif est explicite : Ă©viter une rĂ©ponse trop faible, mais Ă©galement une rĂ©ponse excessive.
Câest prĂ©cisĂ©ment le principe de proportionnalitĂ©.
Mais combien existe-t-il réellement de placements évitables ?
Câest lĂ que surgit une difficultĂ© majeure.
Nous ne le savons pas.
Le rapport souligne lâinsuffisance des donnĂ©es disponibles et indique quâil est aujourdâhui impossible de connaĂźtre prĂ©cisĂ©ment, au niveau national, les motifs des placements.
Cette absence de données doit nous interpeller.
Comment savoir si une politique fonctionne si nous ne pouvons pas mesurer précisément :
pourquoi un enfant a été placé ;
quelles aides avaient été proposées auparavant ;
si une alternative au placement était envisageable ;
combien de temps la mesure a duré ;
combien dâenfants sont retournĂ©s vivre dans leur famille ;
combien ont connu plusieurs lieux de placement ?
Le rapport propose justement de suivre le taux de bascule entre AEMO et placement, le retour effectif en milieu familial et les situations de prise en charge prolongées sans perspective de sortie.
Pour UPNE, cette démarche est fondamentale :
Il faut enfin mesurer les placements évitables au lieu de simplement débattre de leur existence.
Les tĂ©moignages des familles, des enfants, des avocats et des professionnels constituent des signaux dâalerte essentiels.
Mais ils doivent dĂ©sormais ĂȘtre complĂ©tĂ©s par des donnĂ©es nationales permettant dâobjectiver le phĂ©nomĂšne.
Un enfant placĂ© doit aussi ĂȘtre rĂ©ellement protĂ©gĂ©
La décision de placement ne constitue pas la fin de la protection.
Elle en crée au contraire une nouvelle responsabilité.
Le rapport souligne que la succession de lieux de vie et les ruptures de parcours peuvent affecter directement le dĂ©veloppement et la stabilitĂ© affective de lâenfant.
Il demande également de renforcer fortement :
les inspections ;
les contrĂŽles ;
lâĂ©valuation des Ă©tablissements ;
les normes dâencadrement ;
la prévention des violences.
Le ComitĂ© reconnaĂźt explicitement que des violences peuvent ĂȘtre constatĂ©es dans des Ă©tablissements accueillant des mineurs protĂ©gĂ©s.
Il propose également de recueillir des indicateurs portant notamment sur les actes de violence, les fugues, les tentatives de suicide et les décÚs durant le placement.
Pour UPNE, câest une Ă©vidence :
LâĂtat ne peut pas seulement dĂ©cider quâun enfant doit ĂȘtre protĂ©gĂ©.
Il doit aussi vĂ©rifier quâil lâest rĂ©ellement lĂ oĂč il est confiĂ©.
Et les liens affectifs ?
Le rapport introduit explicitement les liens dâattachement dans les Ă©lĂ©ments devant ĂȘtre pris en compte pour individualiser les dĂ©cisions.
Il reconnaĂźt Ă©galement que les ruptures de parcours et les changements de lieux de vie peuvent peser sur la stabilitĂ© affective de lâenfant.
Pour UPNE, cette dimension doit aller encore plus loin.
Parents, frĂšres et sĆurs, grands-parents et autres figures dâattachement ne devraient pas disparaĂźtre du parcours de lâenfant du seul fait du placement lorsque sa sĂ©curitĂ© permet le maintien de ces relations.
LA POSITION DâUPNE
UPNE dĂ©fend une conception exigeante de la protection de lâenfance.
Lorsquâun enfant est rĂ©ellement en danger, il doit ĂȘtre protĂ©gĂ© rapidement.
Lorsque la famille peut ĂȘtre aidĂ©e, cette aide doit ĂȘtre rĂ©ellement proposĂ©e avant que la sĂ©paration devienne la seule rĂ©ponse.
Lorsque le placement est nĂ©cessaire, les liens affectifs doivent ĂȘtre prĂ©servĂ©s chaque fois que la sĂ©curitĂ© de lâenfant le permet.
Toute sĂ©paration doit ĂȘtre nĂ©cessaire, motivĂ©e, proportionnĂ©e, individualisĂ©e et rĂ©guliĂšrement réévaluĂ©e.
Les structures qui accueillent les enfants doivent elles-mĂȘmes ĂȘtre contrĂŽlĂ©es et Ă©valuĂ©es.
Et nous devons enfin disposer de données permettant de mesurer les placements évitables, les ruptures de parcours, les violences subies pendant le placement et les retours en famille.
Car une politique de protection de lâenfance doit Ă©viter deux drames symĂ©triques :
Ne pas protéger un enfant exposé à un danger réel.
Séparer inutilement un enfant de ceux auxquels il est attaché.
Entre les deux, il ne devrait y avoir ni automatisme ni idéologie.
Il devrait y avoir des faits, du droit, de la science, de lâĂ©valuation â et lâintĂ©rĂȘt de chaque enfant au centre de la dĂ©cision.
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UPNE â Unis Pour Nos Enfants
Téléchargez ici le rapport complet
UPNE publie déjà une carte comparative des placements par département à partir des données DREES 2024.
Carte de France des placements â donnĂ©es dĂ©partementales
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