Derrière les placements, des familles · Témoignage 1/3
Ce premier témoignage de la série « Derrière les placements, des familles » raconte un placement à la naissance et le choc de la séparation. Une mère appelle UPNE après que son bébé lui a été retiré à la maternité, trois jours après son accouchement.Placement à la naissance / PMA
C’était un samedi matin, plutôt en fin de matinée. Je reçois un appel, comme très souvent chaque jour, et particulièrement le week-end et les jours de fête. Ces moments où le rythme, en général, est moins soutenu sont les occasions de réunir les membres de la famille, ce que l’on appelle « les siens », pour ceux qui en ont.
Pour les parents dont les enfants ont été éloignés, chaque jour férié, chaque occasion festive devient l’expression du manque, l’expression du vide, l’expression de la frustration, de l’injustice, de la dépression, de la colère parfois.
Et pourquoi me l’ont-ils enlevé ? Pour combien de temps encore ?
La vie défile et, malgré l’exemplarité de toutes les batailles menées, rien ne change. On apporte à chaque fois les preuves de l’inexistence de ce qui nous est reproché et, à chaque fois, le doute est reporté sur un autre aspect.
Au téléphone, mon rôle est de rassurer, de donner de la force à partir du soutien : « Vous n’êtes pas seul(e). Cela va s’arranger. »
Ce samedi matin, j’entends la voix d’une personne qui cherche à s’excuser :
« Désolée, je vous appelle, mais je ne peux pas parler très fort, car je fais la queue dans une pharmacie pour acheter un tire-lait. »
Je ressens encore les frissons dans tout mon corps à l’entente de ces mots. Comment une société peut-elle en arriver là ? Enlever un nourrisson à la maternité, dans le contexte hospitalier de la naissance.
« J’ai accouché il y a trois jours. Ce matin, dans la chambre, sont arrivés, sans m’avoir informée, des gendarmes, des personnes des services sociaux, le personnel du corps médical, et mon bébé m’a été enlevé. Je suis sous le choc de l’accouchement, de la naissance et de l’enlèvement de mon bébé. Pourquoi cette séparation ? »
Je tente de donner de l’espoir alors que je sais pertinemment que le rouleau compresseur avance et que la bataille va être difficile.
La maman m’explique : elle est seule, il n’y a pas de papa, car la conception s’est faite par PMA. Mais elle n’a pas de problème pour élever son bébé. Elle a mis des photos du bébé sur les réseaux sociaux.
Comment cela a-t-il été interprété par les services sociaux ? Qui a relevé cette situation et l’a dénoncée : l’hôpital ? Un internaute ? Nous ne le saurons pas.
Il est samedi midi. J’appelle un avocat de l’association.
Je lui explique le contexte, je lui transmets le numéro de téléphone de la maman. Elle l’appellera au plus vite, le jour même. La maman se sentira rassurée pour quelques heures, le temps d’une des nombreuses étapes d’adaptation à sa nouvelle vie.
Ce projet de faire naître un enfant, ce projet qu’elle a construit depuis des années et qui l’a portée toutes ces années, a chuté ce matin. Les médecins auraient pu lui annoncer que le nourrisson était décédé. Le choc aurait été semblable.
Dans quelques jours, elle devra comprendre ce qu’est une visite « médiatisée », c’est-à-dire en présence de tiers, avec une surveillance la mettant dans le rôle d’un parent potentiellement dangereux.
Elle aura le droit de voir son bébé une heure par semaine, pendant qu’une inconnue désignée le lavera, le nourrira, le bercera, tout au cours de cette nouvelle période, gardant brûlante la plaie vive qui se sera formée.
Une nouvelle étape de sa vie : alors qu’elle organisait, par cette naissance, une connexion avec ce qu’offre la nature, le vivant, elle va connaître les rendez-vous administratifs, les consultations chez le psychologue, les justifications de la situation à l’avocat, transformer le budget d’accueil du nourrisson en frais d’avocat, la préparation de l’audience, le cauchemar orchestré par la « protection de l’enfance ».
