
L’hospitalisme est un syndrome lié aux carences affectives et relationnelles graves chez le jeune enfant, notamment le bébé privé de relations stables avec ses figures d’attachement. Décrit notamment par René Spitz, il peut affecter profondément le développement psychique et psychomoteur de l’enfant.
Il y a un peu plus d’un an, une nouvelle inquiétante paraissait dans certains journaux : plus de 500 bébés “confiés”aux services de l’Aide Sociale à l’Enfance se laissaient mourir au CHU de Nantes dans l’attente d’une place en pouponnière ou famille d’accueil. Si ce désastre a pu indigner dans les milieux concernés, il est passé largement inaperçu auprès de l’opinion publique. C’est pourtant une preuve de plus d’une protection de l’enfance dépassée et inadaptée n’ayant pas les moyens de sa politique. Car ces 500 nourrissons délaissés interrogent sur les ressources réelles de ce service publique. Un tel scandale aurait dû appeler à une enquête parlementaire sur le sujet, mais chacun préfère détourner le regard d’une dérive sociétale gravissime dont les conséquences sanitaires ne tarderont pas à sa faire sentir.
Au-delà de la question des moyens, cette situation pose celle des effets d’une rupture affective précoce chez des nourrissons séparés de leurs figures d’attachement. Chez le très jeune enfant, la continuité des liens, la stabilité relationnelle et la disponibilité affective constituent des besoins fondamentaux.
Qu’est-ce que le syndrome d’hospitalisme ?
L’hospitalisme est l’une de ces conséquences possibles. Ce syndrome, lié à de graves carences affectives et relationnelles chez le jeune enfant, peut s’accompagner d’une altération du développement psychomoteur. Il concerne particulièrement des nourrissons privés de relations stables et continues avec leurs figures d’attachement.
Hospitalisme chez le bébé : quelles conséquences ?
Un article du Figaro paru en début de ce mois, alerte sur le retour de ce trouble pour la première fois depuis la 2ème guerre mondiale. Ce même article explique entre autre cette réapparition par le manque de personnel au sein de la protection de l’enfance. Cette réalité ne doit pas occulter deux choses : la première étant que les services hospitaliers souffrent tout autant du manque de personnel, ce qui soulève la question des soins apportés à ces enfants. S’agissant de la seconde, le journal en ligne précise que ces bébés sont confiés du fait de la défaillance de leurs parents. Il est à rappeler que la mesure de placement est, selon la loi, censée être exceptionnelle. Ainsi, la défaillance des parents n’entraîne pas systématiquement, en théorie le placement des enfants.
Hospitalisme, placement et rupture des liens affectifs
Il existe en effet un éventail de solutions alternatives au placement. Aide éducative à domicile, soutien renforcé à la parentalité, recours à la famille élargie ou à un tiers digne de confiance peuvent, selon les situations, permettre de protéger l’enfant sans rompre brutalement ses liens affectifs. A noter qu’en cas de défaillance avérée des parents, des tiers dignes de confiance peuvent être désignés (famille, voisins etc…). Il est incompréhensible qu’une protection de l’enfance aux abois qui manque sensiblement de personnel (travailleurs sociaux et familles d’accueil) recourt aussi peu souvent aux autres outils éducatifs existants. Car le mal serait bien moindre pour les enfants placés en général et pour les nourrissons en question plus spécifiquement. Placer un enfant sans s’être assuré au préalable d’avoir la garantie d’une place en pouponnière en l’occurrence, ou en famille d’accueil, ne saurait relever de son intérêt supérieur. Les nourrissons spécifiquement ont des besoins physiologiques, affectifs et d’attentions particulières qui ne sauraient être comblés par un personnel en sous-effectif.
Le placement ne peut donc être pensé uniquement comme une mise à l’abri physique. Lorsqu’il est nécessaire, il doit aussi préserver autant que possible la sécurité affective de l’enfant et éviter des ruptures relationnelles supplémentaires.
La protection de l’enfance ne peut se limiter à séparer un enfant d’un environnement considéré comme défaillant. Elle doit aussi garantir qu’une nouvelle prise en charge ne provoque pas elle-même des carences, de l’instabilité ou une succession de ruptures affectives. C’est tout l’enjeu d’une protection réellement pensée à partir des besoins de l’enfant.
Car enfin, quel est l’intérêt supérieur de ces 500 nourrissons à se laisser dépérir dans un hôpital ? Quand les autorités prendront-elles la pleine mesure des séquelles dramatiques liées au parcours chaotique des enfants “confiés” ? Que deviendront ces 500 bébés dont la prise en charge est au mieux inefficace, au pire délétère ?
Cet article est une republication d’un article initialement publié en 2022